19 Sep, 2017

“On savait qu’on risquait notre vie, mais on savait aussi que c’était pour la défense de la France”.
Brigitte Deboos est une Bihorellaise de 92 ans. En 1944, elle n’a que 19 ans et vit à Aulnay-sous-Bois, en région parisienne, lorsqu’elle et ses parents viennent en aide à René et Georges, deux officiers français parachutés en tant que résistants.

De cette époque, Brigitte Deboos (Decaëns) garde de nombreux souvenirs et des carnets où elle décrit chaque jour son quotidien. En 2008, elle réalise qu’elle ne sait toujours pas qui étaient ces deux jeunes officiers.
Ses recherches la mènent vers trois fils de parachutistes du même réseau. L’un d’eux, Jacques Bignon, vient à sa rencontre. “Il a emporté avec lui toutes mes notes, et après 7 années de travail, il vient de publier un livre sur la Mission Charles du Plan Sussex”.
Ce livre, paru en décembre, est en vente à la bibliothèque, au centre culturel Gascard (Place Saint-Louis).

“Georges est arrivé le 11 août 44”

Brigitte Deboos se souvient : “En 1944, mon père a été contacté par son coiffeur pour lui demander s’il voulait héberger un aviateur. 120 jeunes venaient d’être parachutés avec du matériel dans le cadre du Plan Sussex”.
En 43, pour préparer le débarquement, Eisenhower avait imaginé le plan Sussex qui envoyait dans les régions au nord de la Loire, des groupes de deux officiers – informateur et émetteur radio – placés en des points stratégiques pour une vaste mission de renseignements.

“Georges et René formaient un des binômes. Georges est arrivé le 11 août 44. Nous l’avons hébergé pendant 8 jours. Mes parents connaissaient le risque : c’était l’emprisonnement ou le fusil. René, lui, était hébergé à Livry-Gargan. Le 13, il nous a rejoints en urgence par les égouts : les Allemands avaient découvert son poste. Il a alors confié à ma mère son porte-feuille et différents papiers pour qu’elle les cache. Il fallait alors prévenir la maison où il se cachait et où était resté tout le matériel.
Je suis allée prévenir cette femme en passant les barrages allemands qui cherchaient le radio”.

Un acte de renoncement à la vie

A l’époque, Brigitte Deboos et ses parents participent à un réseau dont ils ne mesurent alors pas l’ampleur.

“On savait qu’on faisait partie de quelque chose. Mais on ne savait pas qui en faisait partie. Personne ne pouvait parler. On savait aussi qu’on mettait notre vie en jeu. S’engager, c’était aussi un acte de renoncement à la vie”.

Décorée de la Croix de guerre, elle ne se considère pas comme une héroïne. “Beaucoup de Français ont, comme moi, participé à la Résistance. Nombre d’entre eux ont été fusillés, et pour la plupart, on ne sait même pas qu’ils ont été résistants.
Il y a eu des hommes, mais aussi de nombreuses femmes qui se sont engagées, et pour moi, il est important d’en parler. Tout comme il est important de rappeler le rôle des soldats morts au champ d’honneur entre 39 et 40″.

72 ans après la fin de la guerre, Brigitte Deboos ne garde ni haine, ni rancoeur. “J’apprécie beaucoup les Allemands. A l’époque déjà, je ne les haïssais pas. C’était des jeunes qui avaient été enrôlés de force. Evidemment on les craignait et on restait en retrait. Hitler, on le haïssait. Mais eux, étaient comme nous, des êtres humains”.

1944, Plan Sussex, Mission Charles (Brigitte Decaëns, Jacques Bignon) est disponible à la vente à la bibliothèque de Bihorel, Place Saint-Louis

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