29 Mar, 2017

A 88 ans, il a la malice et le cœur d’un enfant, l’expérience et la culture d’un vieux sage, vous renverse par sa soif de vivre et sa vivacité. Ce Bihorellais, qui consacre sa vie au cinéma et à l’éducation a accepté, le temps d’une conversation, de sortir de l’ombre. Rencontre avec Jean-Claude Guézennec, président de l’association Archimède Films.

La lumière des projecteurs ne l’intéresse pas. Jean-Claude Guézennec est même plutôt surpris qu’on puisse s’intéresser à son parcours. Sa vie, c’est les autres, “le service des autres”. “C’est ce que j’ai enseigné toute ma vie. Et avant de l’enseigner, il fallait d’abord que je commence à l’appliquer moi-même”.

A l’âge de 8 ans, Jean-Claude Guézennec crée sa première association. Il en créera une douzaine. “C’était dans les années 30, à l’époque des premiers grands aviateurs. Mermoz était notre héros. On avait créé un club. J’avais déjà en moi ce désir de travailler en association. Cela m’a suivi toute ma vie”.

Camp scoutLe scoutisme, une révélation

Né en 1928 à Dakar, d’un père breton et d’une mère pyrénéenne, Jean-Claude Guézennec a vécu à Toulouse, Quimper, Paris… au rythme des mutations de son père, fonctionnaire à la Poste. Il se souvient notamment de son enfance à Evreux, pendant la guerre.
“On vivait au 2e étage du bureau de Poste. Le rez-de-chaussée était occupé par la Gestapo. J’étais à l’époque de la 3e jusqu’au bac. C’est à ce moment-là que j’ai découvert le scoutisme qui était un mouvement interdit et clandestin. Cela ne m’a pas empêché de faire ma promesse scout. C’était des moments extraordinaires qui seront peut-être un jour l’objet d’un film”.
Sa rencontre avec le scoutisme a été déterminante. “Le service des autres est la première règle fondamentale du scoutisme. C’est ce que j’ai enseigné, et c’est ce que nous faisons encore à Archimède aujourd’hui, à Bihorel notamment dans le cadre du périscolaire. Je dois aussi cela à mes parents qui se sont occupés d’enfants avec les Fraternités de Foucauld et m’ont véritablement donné l’amour des autres”.

« Sois prof d’abord »

Rouen Lycée Corneille I957-58Très jeune, Jean-Claude Guézennec est attiré par le cinéma. “Je voulais intégrer une école de cinéma mais pour mes parents, ce n’était pas un vrai métier”. Il se souvient : “Dans les années 30, le cinéma était mal vu : c’était un divertissement populaire qui avait le tort de s’adresser au corps, aux sentiments. Prof, c’était un vrai métier. Et comme j’étais un enfant docile…”
Elève brillant, Jean-Claude Guézennec décroche l’Agrégation de Lettres classiques. D’abord nommé en Algérie durant la guerre, il est ensuite affecté à Rouen en 1957, au Lycée Corneille (voir photo ci-contre, année scolaire 57-58), pour y enseigner le français et les lettres classiques. “J’ai eu un vrai coup de foudre”. Il y fera toute sa carrière. Dès lors, il s’installe à Bihorel où il vit toujours.

“On m’a donné les 6e et les 4e la première année. La rédaction, c’était bien, mais un peu rasoir, alors on s’est lancé dans l’écriture d’un scenario. Si les idées étaient bonnes, on tournerait un film”. Le film sort un an plus tard. “C’est un petit film de 30 minutes. Il a reçu un grand prix dans un festival. Ensuite, les élèves ont voulu continuer. On a créé Archimède”, raconte-t-il.
Archimède Films est une association bihorellaise qui œuvre pour l’éducation à l’image. Elle est en substance, l’essence de ce qui a fait sa vie : le cinéma, l’éducation, la transmission, l’association.

Il donne à l’école du Chapitre le nom de Méliès

A Bihorel, Jean-Claude Guézennec s’implique très vite dans la vie locale. “On est tout de suite venu me chercher pour le scoutisme”. Il devient chef de troupe à Bihorel et responsable régional de la branche éclaireurs, rédacteur en chef de la revue nationale.
Le scoutisme le fait connaître. Très vite, on le sollicite pour figurer sur une liste pour les élections municipales.
“On a d’abord été battus en 1965. Il y avait en face de nous René Tamarelle, qui a été élu, et une autre liste menée par un collègue du Lycée Corneille, M. Lefèbvre”. En 1971, il est élu conseiller municipal dans l’équipe de Claude Leveau. “Je le connaissais depuis que j’avais 8 ans. On avait créé ensemble le club Mermoz à Paris. On s’est retrouvé à Bihorel par hasard”.
Ce qu’il retient de son parcours en politique ? “Pour être efficace, il ne faut faire que ça. Et j’avais tellement à faire !

L’inauguration de l’école Georges Méliès reste pour lui un grand souvenir. “En 1974, de nouveaux quartiers du Chapitre ont été inaugurés. A l’époque, on avait demandé à plusieurs conseillers de donner des noms de rue”. Il donnera à l’école le nom de son maître. “Méliès est le grand créateur du cinéma. On a eu l’honneur de pouvoir faire venir son fils pour l’inauguration de l’école”.
Côté cinéma, il réalise des films avec l’école Larpin, le collège Michelet… avec Archimède films.

Fou de foot

Dans les années 90, le club de football de Bihorel lui fait un appel du pied. “Au départ, j’allais voir jouer mon fils adoptif. Ensuite, on m’a demandé de transporter les joueurs lors des déplacements. Et quand Francis Rossi est devenu président, il a voulu que je sois à ses côtés”. De 1993 à 2003, Jean-Claude Guézennec est vice-président du club. En 2001, il crée l’association Passion-foot avec Bruno Mignot, éducateur et ancien joueur professionnel.
“Le terrain de foot est un lieu d’éducation prodigieux”, raconte-t-il.
Dans les années 90, il est également correspondant pour l’hebdomadaire local Le Bulletin. “Je faisais beaucoup de photos. Je rédigeais de petits articles : comptes-rendus de matchs, remises de médailles du travail etc. Je faisais tout cela gratuitement. J’avais un tel plaisir de mettre à l’honneur des gens humbles”.

HPIM1433 - copie 6Le cinéma, son plus grand amour

Durant toutes ces années, l’éducation à l’image est son plus grand amour. Jean-Claude Guézennec organise l’enseignement du cinéma au Lycée Corneille, devient chargé de mission auprès du Recteur de l’Académie de Rouen pour le développement du cinéma et de l’audiovisuel. En 1981, il est devient membre d’une commission inter-ministérielle pour l’enseignement du cinéma.
“Je crois beaucoup en l’enseignement du cinéma. C’est de l’éducation à l’image, cela forge l’esprit. Et puis cela donne aux jeunes des habitudes de rigueur. Le cinéma, c’est aussi un travail d’équipe. Cela développe la solidarité chez les enfants”.

Archimède films, en bref

Créée en 1958, l’association aide les jeunes tentés par un métier de l’audiovisuel à tester leurs aptitudes et à s’orienter dans la profession. Elle contribue aussi à l’insertion professionnelle des jeunes techniciens de l’audiovisuel et du cinéma. Elle travaille en particulier dans les milieux ruraux et quartiers dits sensibles, à l’éducation à l’image des jeunes. Enfin, elle produit des films d’intervention sociale ou de prévention, notamment pour la gendarmerie nationale. Dans ce cadre, elle a réalisé des films de formation pour le personnel destiné à accueillir les femmes victimes de violences.

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