4 Dec, 2020

Par Gérard Mérienne, Groupe d’histoire et d’Etudes de Bihorel

Dans le jardin de l’hôtel de ville, un buste : celui du Docteur Caron, premier maire de Bihorel. Deux documents d’archives communales (réf.1&2) récemment découverts apportent des compléments d’informations sur le surprenant périple de ce buste tel que rapporté dans 3 précédentes publications (réf. 3, 4 &5).

Bihorel, d’abord quartier de Bois-Guillaume, devient commune autonome en 1892. Le Dr Alfred Caron est élu maire. Il décède en 1896. Georges Liot lui succède.
En 1897, le Comité Républicain (conseil municipal) fait ériger une statue à la mémoire du docteur. En 1898, le sculpteur F. Devaux (1873-1921) réalise un buste qui est coulé à la fonderie Thiébaut Frères de Paris, portant sur sa face arrière l’épitaphe ”Au Docteur Alfred Caron– reconnaissance de l’auteur F. Devaux – Rouen 1898”. Il est fixé sur une stèle au carrefour de la place Caron, où il vit des jours tranquilles jusqu’en janvier 1942.
La France est sous l’occupation allemande, la saignant économiquement.
On récupère tout ce qui est valorisable, dont le bronze ref. 2, 4 &5.
Le 11 janvier 1942(2), le garagiste Gentil (Bihorel) apprend que les autorités allemandes vont récupérer le buste. Avec quelques autres Bihorellais, ils décident de le cacher.
Ce buste retrouve sa place au centre du carrefour Caron après la libération de Bihorel (août 1944). En 1966, avec l’aménagement du carrefour, le buste est transféré dans le jardin de l’hôtel de ville, posé sur une colonne plus petite, où il est toujours actuellement.

Les apports des documents retrouvés, (1& 2) :
A) Le rapport du garde champêtre de Bihorel(1), Jules Avisse, atteste l’enlèvement du buste la nuit d’un vendredi au samedi entre 23h et minuit, selon plusieurs témoignages.
Il serait intervenu, l’une des nuits des vendredis 16 ou 23/01/1942, M. Gentil n’apprend la réquisition que le dimanche 11 : le buste était encore en place.

B) La déclaration(2), déposée par A. Dumont 42, rue Philibert Caux, tenancier de bistrot – ni datée ni signée – reste plus délicate à interpréter. Une certitude, elle est écrite et déposée après la libération de Bihorel.

A. Dumont précise que la décision d’enlever le buste a demandé un ”temps de réflexion”, ce qui préciserait les dates du 16 ou 23. L’enlèvement – opération commando, clandestine, dangereuse – aurait été réalisée par 5 hommes. Les noms rapportés dans les témoignages varient, on pourrait en dénombrer jusqu’à 13.
Cependant, 3 noms reviennent : Gentil, Feugueur, charbonnier et tenancier de café et Lechault, patron de café.

Cette nuit de l’hiver rigoureux de 1942, les 5 Bihorellais (dont le rapporteur) se mettent à l’oeuvre après 23h, équipés d’une échelle. Deux font le guet, au Foyer Municipal et à l’angle des rues Lecoq et d’Etancourt; un 3e tient l’échelle, les 2 autres descellent la statue, installée sur une stèle assez haute (3m environ).
Soudain, une ‘‘lumière approche’‘: l’un des 2 ”opérants” a le temps de descendre; les 4 hommes à terre se cachent ; le narrateur-opérateur reste accroché au monument;
”L’Allemand passe et ne voit rien”. Le danger écarté, tous reviennent et descendent le buste.
L’équipe veut cacher le buste dans la citerne d’un ami, mais la statue est trop large. Il est alors remisé chez Feugueur, en attendant le dégel de mars 1942.
Le buste est ensuite emmené à Saint Georges-sur-Fontaine et enterré -ou dissimulé- en lisière d’un bois communal.
Le document 4 mentionne que le buste devait être récupéré par une entreprise située rive gauche à Rouen; la déposition 2 dit ”l’équipe Raviati vient, mais le buste a disparu”. S’agit-il d’une équipe de l’entreprise ?
Bihorel est libérée le 31 Août 1944 et le buste est discrètement remis en place.
Plusieurs dates sont rapportées dans les documents: début 09/1944, 04/1945…?

Sources :
1) Rapport du garde champêtre, Jules Avisse, du samedi 31/01/1942 et signé
2) Document déposé par A.Dumont, cafetier, rue Ph. Caux, non daté ni signé
3) De Bois Guillaume d’hier à Bihorel d’aujourd’hui, G.Sueur & A.Morel
4) De Mémoire de Bihorellais, 1900-1980, Commission Culturelle de Bihorel
5) Espaces Verts et Belles Demeures, Groupe d’Histoire de Bihorel, M.Robert.

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